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RetourPas de place pour la vanité

Michele Torres est opérée du sein.

Michèle Torres est mannequin professionnelle, présentatrice télévisée et comédienne voix-off – il y a des millions de gens qui entendent sa voix tous les jours. Suite à son expérience récente avec le cancer, elle raconte aujourd’hui une histoire d’un nouveau genre.

michele torres on amoena life coverMichèle Torres est en couverture du numéro Printemps 2013 d’Amoena Life : elle est belle, a du talent, du succès – pour qui ne la connaît pas, elle semble avoir tout pour elle… Et pourtant, en 2009, lorsque sa famille a été frappée par un événement tragique, Michèle a dû envisager sa vie sous un autre angle, et elle s’est vue contrainte de la reconstruire de fond en comble. Immédiatement après le décès de son plus jeune frère, qu’elle adorait et qui a été emporté par une tumeur au cerveau, elle a appris qu’elle-même avait un cancer du sein agressif. En un instant, elle a été catapultée dans une sorte de « no man’s-land » où ni beauté, ni talent n’ont d’importance : «Lorsque vous êtes frappée par un cancer, vous ne savez plus qui vous êtes», confie-t-elle. «Vous devez vous réinventer.» Elle a perdu du poids, elle a aussi perdu ses cheveux et ne pouvait plus compter sur son apparence pour gagner sa vie. C’est son obstination qui lui a permis de remonter la pente et de faire preuve d’un nouvel optimisme et d’un nouvel appétit pour la vie.

La vie en touriste

Âgée de 51 ans, Michèle est née dans la périphérie de Los Angeles, à Ontario, en Californie; c’est là qu’elle a passé son enfance, au côté de ses trois frères et soeurs. Ses parents sont mariés depuis 57 ans ; ils forment un couple heureux, et Michèledécrit sa famille comme étant "très unie". Elle reconnaît elle-même avoir eu une enfance extraordinaire – elle a suivi des cours à l’UCLA, une université mondialement célèbre, sans toutefois aller jusqu’au diplôme : « Je faisaistrop la fête pour pouvoir me consacrer à mes études. Mes parents disaient toujours que je traversais la vie en touriste, tandis que mes frères et soeurs étaient plus studieux. Ça me décrit assez bien ! »

michele torres

Lorsqu’elle était étudiante à l’UCLA, Michèle travaillait à temps partiel comme mannequin. « J’ai feuilleté mon premier magazine de mode à l’âge de sept ans, et depuis, j’ai toujours voulu être mannequin », déclare-t-elle. Elle a fini par décrocher un diplôme, et même plusieurs (y compris un Master en psychologie et en sociologie), mais c’est pourtant vers le monde de la publicité qu’elle se sentait attirée, et où elle a fait ses premiers pas. La petite agence où elle a commencé à travailler à plein temps avait une approche très pratique – une chance pour Michèle : il fallait qu’elle écrive des scripts publicitaires pour la radio et la télévision, et qu’elle les enregistre elle-même. « D’une part, cela me permettait de combiner mon travail de mannequin et ma créativité ; d’autre part, c’est une expérience qui m’a appris à me tenir devant une caméra, et comment je devais utiliser ma voix – c’était parfait. »

Menant une existence à première vue enchanteresse, Michèle s’est alors lancée avec aisance dans une carrière de mannequin, d’actrice et de présentatrice. Son travail de comédienne voix-off lui a permis de réaliser un rêve d’enfant : « Lorsque j’était petite, je faisais le numéro de l’horloge parlante juste pour écouter la voix de la présentatrice annoncer l’heure », se souvient-elle. « Cela me fascinait. » 40 ans plus tard, Michèle prête sa voix aux services téléphoniques d’AT&T et à plusieurs autres systèmes de téléphonie automatiques, en anglais et en espagnol.

Et puis, en 2009, son entière existence a été bouleversée : « Mon plus jeune frère Jon a appris qu’il avait une tumeur au cerveau inopérable. Ça a été un choc violent. Il s’est battu pendant 16 mois et a finalement été emporté en octobre 2010, à l’âge de 46 ans. » Elle a tout abandonné pour rejoindre le reste de la famille et prendre soin de son frère, tout en faisant taire ses propres craintes après avoir découvert une boule dure dans son sein gauche. « Je savais que quelque chose n’allait pas – j’ai fait faire un scanner et une biopsie, et j’ai reçu les résultats deux semaines après la mort de Jon. C’était un cancer du sein en stade 3. » 

Encore en deuil de son frère, Michèle a alors commencé le traitement : mastectomie bilatérale, chimiothérapie et radiothérapie. « J’ai déclaré à mon docteur que je voulais qu’il ôte mes deux seins. Je ne voulais pas vivre dans la crainte d’avoir un autre cancer du sein. Je voyais l’opération comme une façon de tout recommencer à zéro. » Elle a été tellement secouée par le traitement qu’elle a contracté un cancer de la peau du fait de la radiothérapie – par chance, elle s’en est aperçu en entrant dans la salle d’opération pour sa reconstruction mammaire. Elle a alors insisté pour que le chirurgien l’opère sur-le-champ, plutôt que de repousser l’opération à une date ultérieure – ce qui est  « tout elle »

Retrouver sa normalité

Pour Michèle, avoir le cancer du sein lui a permis de découvrir une quantité de choses sur elle-même qu’elle ne soupçonnait nullement. « Je m’étais habituée à mener une existence extraordinaire; je vivais dans un rêve. Mais le cancer met tout le monde à égalité. Cela a été un véritable choc que l’on m’ôte des parties de mon corps. J’ai eu l’impression de totalement perdre mon identité et ma féminité. »

Habitée par un fort instinct de survie, déterminée à ne pas laisser ses parents devoir enterrer un autre de leurs enfants, Michèle était persuadée qu’elle retomberait sur ses pieds – même si elle admet que le processus de sa réorientation lui a beaucoup, dans les premiers temps : « En cours de traitement, on doit faire face à l’adversité en abandonnant toute attente, quelle qu’elle soit – on garde un profil bas. Le 'moi' que vous aviez connu n’existe plus, et vous avez une nouvelle 'normalité'. J’ai décrit mon expérience à des amis comme une sorte de voyage sur des montagnes russes en folie : normalement, on monte à un endroit donné, et on descend au même endroit. Avec le cancer, vous montez, ça va vite, ça fait beaucoup de virages, ça vous met la tête en bas, ça vous retourne l’estomac, et lorsque vous redescendez, vous êtes très loin, là-bas – disons que si vous étiez monté à Londres, vous redescendez à Munich. Vous ne parlez pas la langue locale, et vous ne savez même pas comment vous êtes arrivée là. Après les traitements, vous êtes censée être de nouveau normale, mais vous ne savez plus qui vous êtes. Vous devez vous réinventer, et je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de programmes qui peuvent vous aider à le faire. »

Déterminée à poursuivre sa carrière, Michèle s’est concentrée sur son travail de comédienne voix-off dès l’instant où il n’a plus été possible pour elle de se retrouver devant une caméra. « J’ai un studio chez moi, et lorsque je me suis sentie suffisamment de forces, j’ai pu de nouveau travailler comme comédienne voix-off. » Lorsque ses cheveux ont commencé à repousser, elle a découvert qu’elle avait un nouveau visage. « Je pense que ma carrière de mannequin aurait tourné court si je n’avais pas pris une toute nouvelle direction. J’ai décidé de garder mes cheveux gris et coupés courts, et j’ai participé à un concours de mode pour les mannequins de plus de trente ans. J’ai été classée première finaliste, parmi 7000 participantes. Ma carrière a pris une toute nouvelle orientation ! »

Un beau corps

En 2012, le concours Wilhelmina recherchait des mannequins de plus de 30 ans. Cette compétition de très haut niveau est organisée par l’une des plus prestigieuses agences de mannequins au monde. Suite à son classement de première finaliste, Michèle a saisi au bond la deuxième chance qui lui était offerte. « Le cancer n’était pas quelque chose que j’avais prévu, mais quelque chose qui m’avait été imposé. J’ai pris le parti de l’intégrer à mon existence, et voilà le résultat. Aujourd’hui, j’ai des contrats avec des agences très diverses – je suis mannequin pour les nouveautés. Mes cheveux me valent toujours des applaudissement lorsque je fais un défilé de mode. J’ai eu une reconstruction mammaire, mais je n’ai pas de mamelons et mes seins n’ont pas l’air normaux. J’ai adopté les mamelons Contact d’Amoena et je les pose directement sur ma peau. »

michele torres in amoena life ma

En restant simplement elle-même, Michèle est devenue une ambassadrice des femmes ayant eu un cancer du sein. « Je considère en quelque sorte que c’est ma mission, à mon niveau personnel. Parfois, à la fin d’un défilé, il y a des personnes qui m’attendent pour pouvoir me parler. Et dans les coulisses, quand je me change et que des jeunes femmes regardent ma poitrine, je leur dis toujours : « Il ne faut pas que tu t’inquiètes, c’est une double mastectomie. » Je crois que ça permet de normaliser les choses. C’est aussi une manière de dire que même si je suis une mannequin, non, je ne suis pas parfaite. Personne n’est parfait, il n’y a aucune raison d’avoir honte. »

C’est le nouveau look de Michèle qui a contribué à lui faire remporter un contrat de mannequin avec Amoena – un heureux hasard, parce qu’elle aimait déjà leurs vêtements. « Ils voulaient un mannequin qui avait subi une ablation du sein », explique-t-elle. « C’est mon agent qui m’a appelé, et je me souviens encore être montée en courant pour mettre mon caraco Amoena – un haut que j’ai beaucoup porté et qui m’a sauvé la mise pendant les premiers temps, après la mastectomie. Je me suis pris en photo dans ce caraco et j’ai envoyé la photo à mon agent, qui l’a fait parvenir à Amoena. J’ai immédiatement été retenue. » À partir de là, Michèle a posé pour les catalogues de produits Amoena 2013-14 et elle est apparue dans le magazine Amoena Life.  michele torres in amoena active wear

Aujourd’hui, Michèle attend avec impatience de pouvoir porter la collection Amoena Active dans le cadre d’un projet passionnant qu’elle est en train de mettre sur pied, afin  d’aider d’autres femmes qui ont eu un cancer du sein à retrouver leur santé. « Je cherche un coach individuel qui est spécialisé dans le travail avec des femmes touchées par le cancer du sein ; ensemble, nous allons faire un blog vidéo », explique-t-elle. « Nous aurons une approche holistique: régime, nutrition, exercice, sans oublier l’aspect spirituel du rétablissement. Sur ce blog, il n’y aura pas de place pour la fausse pudeur: on pourra voir ma poitrine nue, je veux en parler avec franchise et sincérité et montrer à tout le monde ce que c’est. »

Résumant l’attitude qui a prévalu pendant toute son existence, Michèle dit encore: « Je ne me prends pas au sérieux – je ne peux pas mele permettre. Je suis passée d’une situation où j’avais pour ainsi dire « tout » – c’est ce que diraient beaucoup de gens – à une autre, où j’ai entièrement perdu mon identité. Ça a été une leçon d’humilité. » Elle refuse de dire aux gens comment ils doivent réagir, insistant sur le fait que chacun fait sa propre traversée – mais elle rappelle aussi que c’est se tourner vers les autres qui a été essentiel pour son rétablissement : « J’ai profité autant que je le pouvais de l’aide offerte par mes amis et par mes voisins. Il y a une chose que j’ai apprise, c’est que les femmes qui n’ont besoin de rien, ça n’existe pas. Si cette pensée vous est passée par la tête un jour, débarrassez-vous en vite. J’ai cessé de vouloir tout contrôler, et j’ai permis aux gens de me témoigner leur affection. C’est ça qui m’a sauvée. »

Cet article a été publié dans le magazine Amoena Life. Vous pouvez consulter les anciennes éditions sur notre site en cliquant ici. Pour recevoir l'édition numérique de l'édition la plus récente, merci de cliquer ici pour vous enregistrer au Club Amoena.